Les Offrandes

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«Parce que la musique, à la différence du langage peut toucher directement le corps et le bouleverser, arracher magiquement l’homme à lui-même.»

Jankélévitch, Quelque part dans l’inachevé –

Ce projet interdisciplinaire en temps réel, a été présenté le 19 octobre à 20h30 simultanément au Centre culturel Pauline-Julien de Trois-Rivières et au Centre d’art Jacques et Michel Auger de Victoriaville grâce au dispositif de téléprésence scénique du réseau Scènes ouvertes inauguré par la Société des Arts Technologiques (SAT) en septembre dernier. Ce projet a été initié par mon collaborateur Danys Levasseur et moi il y a déjà plus d’un an. Il s’est développé avec la mise en place du réseau Scènes ouvertes qui permet d’explorer de nouvelles formes de collaboration artistique entre les créateurs et le public de tous les coins du Québec. Plus qu’une simple performance devant un public à Victoriaville, j’ai poussé l’audace d’un cran plus loin en impliquant la danseuse d’origine colombienne Maria Juliana Velez qui a performé à Trois-Rivières. Malgré la distance, nous étions reliés en temps réel par le biais de flux vidéo et audio.


Durant les mois de recherche et d’exploration en atelier et en studio, Danys et moi avons élaborés 7 tableaux sonores. J’ai également aussi créé une chorégraphie pour la danseuse en utilisant divers éléments tels que : texte français/espagnol, sphères, roues de vélo, chaises et rubans magnétiques de cassettes. L’élément le plus important était la roue de vélo car elle se retrouvait également dans la vidéo d’art. Cette vidéo était projetée aux deux endroits à l’aide de 6 projecteurs au total. De plus, la matière sonore a été sculptée avec la même portée que la matière visuelle pour créer un univers immersif, encré et suspensif.


L’ensemble a proposé des architectures de sons qui prétendent échapper aux codes des traditions musicales en proposant à notre psyché un flux d’images mentales. Le spectateur a été invité a pénétrer dans un espace en profusion jaillissant de polyphonies auditives et de nuances visuelles, entre structure et incarnation, entre intime et sacré, entre mesures et soupirs. J’ai mis en place deux installations vidéographiques (au Centre Pauline-Julien et au Centre d’art Jacques et Michel-Auger) qui étaient projetées sur les structures de fenêtres suspendues et autoportantes. Celles-ci révélait la beauté d’une projection montrant mon corps performé en écho à la performance de téléprésence en directe.


Voici un petit extrait du texte lu en téléprésence :

« Dans l’espace, des sens érigent leurs antennes, pour distinguer le bruit qui naît du bruit qui meure En el espacio,los sentidos se alertan, para distinguir el ruido que nacedelruido que muere; Nous cherchons dans le ciel quelle étoile est la nôtre, Buscamos en el ciel onuestra estrella Nous cherchons des oublis qui sont toujours ailleurs. Les astres qui brillaient pour d’autres, nous les portons. Buscamos los olvidos que están en otra parte. Los astros que brillanporotros, los llevamos con nosotros Et nous allons, attentives, à travers les humains, songeant que notre étoile, un autre nous l’apporte,
Y vamos, atentos, entre todos los demássereshumanos, creyendo que nuestraestrella la llevaotro (…) »

Le caractère marquant de la proposition repose sur deux installations avec divers dispositifs sonores et langage multidisciplinaire en téléprésence. De ces dispositifs, nous pouvions noter une vingtaine de petits haut-parleurs suspendus sur la rambarde circulaire au Centre Pauline-Julien ainsi que deux résonateurs (instruments inventés), deux sculptures sonores, deux vidéo d’art et une cinquantaine de structures de veilles fenêtres avec cadres en bois. Autant d’éléments étaient déployés dans l’espace au Centre d’art Jacques et Michel Auger de Victoriaville afin de donner l’aspect d’une installation miroir dans les deux lieux. L’originalité des installations vient également de la disposition des structures de fenêtres suspendues et assemblées par dizaine dans les deux espaces afin que le spectateur puisse pénétrer au cœur même de ces éléments. Ces vieilles fenêtres avec cadre de bois repeintes en blanc, accueillait la projection sur les vitres qui reflétait au sol et au mur comme des vitraux. Autre détail fort intéressant repose sur les quatre sculptures sonores au visage de porcelaine et au corps de bois et os, disposées dans leur salle respective, se voulaient des offrandes pour les yeux et les oreilles!


D’autre part, le projet se démarque par la vidéo d’art d’une durée de 76 minutes, basée sur les archives d’une performance que j’ai réalisée dans le cadre de l’événement « Phares sur Champlain » à la fin juillet 2017. Lors de cet événement, j’ai créé une installation in situ extérieur où l’on pouvait retrouver une quinzaine de sérigraphies sur verre suspendues aux arbres, des centaines de fils de couleurs et des roues de vélo. Ces fils créaient une trajectoire et jusqu’au œuvres sur verre en suspension. Un long travail de recherche et création, basé sur la photographie, l’estampe numérique, le dessin, le corps en mouvement, puis le traitement vidéographique, m’aura permis de concevoir cette vidéo d’art pour « Les Offrandes » avec l’aide de Dany Janvier.


Or, autant au Centre Pauline-Julien, qu’au Centre d’art Jacques et Michel Auger, les spectateurs pouvaient circuler et s’asseoir à travers les structures de fenêtres autoportantes et découvrir les particularités des projections fragmentées. Ces structures rappelaient la maison projetée, avec des effets kaléidoscopes, dans la vidéo d’art et les fils de couleurs faisaient écho aux dispositifs en suspension et aux cordes des instruments (roue de vélo, harpe et slide guitar). Finalement, l’environnement sonore du projet « Les Offrandes » a marqué l’imaginaire des gens par sa portée enivrante mais surtout par sa tenue hautement originale aux accents mélodiques, planants et expérimentaux. Le contenu de ce projet est le résultat de mes nombreuses recherches audio sur plus d’une année en studio avec mon collaborateur Danys Levasseur.


Conception et réalisation du projet sonore et installatif: Isabelle Clermont et Danys Levasseur
Danse: Maria Juliana Vélez
Montage vidéo et photos: Dany janvier d’après la conception, estampes, performance installation et extraits vidéos d’Isabelle Clermont
Captation vidéo: Véronique Bouchard et David Leblanc


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